Fragments du monument funéraire d’Antoine de Vaudémont et de Marie d’Harcourt

Lorraine

Cat. 4
Lorraine
Fragments du monument funéraire d’Antoine de Vaudémont et de Marie d’Harcourt
2e moitié du XVe siècle
Calcaire, restes de polychromie
H. 112 ; L. 126 ; Pr. 223 cm
Inv. D.2006.0.1077
Classé Monument Historique en 1846
Dépôt de l’État, 1819

À la mort du comte Ferry Ier de Vaudémont lors de la bataille d’Azincourt, en 1415, son fils Antoine (1400-1458) lui succéda à la tête du comté. Il épousa, l’année suivante, Marie d’Harcourt (1398-1476), fille du comte Jean VII d’Harcourt et de Marie d’Alençon. Lorsqu’en 1425 le duc Charles II de Lorraine, oncle d’Antoine, désigna comme héritiers sa fille Isabelle et son époux René Ier d’Anjou (1409-1480), duc de Bar depuis 1419, le jeune comte de Vaudémont irrité fit valoir ses prétentions à la couronne ducale en tant que plus proche parent masculin de Charles II. Dans le contexte du conflit opposant armagnacs et bourguignons, Antoine s’allia au duc de Bourgogne Philippe le Bon et, six ans plus tard, déclara la guerre à René Ier d’Anjou devenu duc de Lorraine. Lors de la bataille de Bulgnéville, le 13 février 1431, ce dernier fut capturé et emmené en captivé à Dijon. En dépit d’un traité et d’un mariage entre le fils d’Antoine, Ferry II, et la fille aînée de René Ier, Yolande d’Anjou, les tensions perdurèrent jusqu’en 1441, date à laquelle le roi de France instaura une paix durable.

Décédé en 1458, Antoine fut inhumé dans la collégiale de Vaudémont fondée par son aïeul Henri III (cat. 3). Son épouse fut quant à elle ensevelie dans l’église du prieuré Notre-Dame-du-Parc d’Harcourt (Eure), mais son cœur fut également déposé à Vaudémont. Élevé au dessus de leur caveau, le monument funéraire du couple se trouvait au milieu du chœur, entre le sanctuaire et le lutrin. Suite à la suppression du chapitre de Vaudémont en 1760, les deux gisants et une partie des reliefs du soubassement furent envoyés à l’ancien prieuré de Belval puis installés en 1819 au sein de l’église des Cordeliers de Nancy, dans la deuxième chapelle située à droite de la nef. La grille et le médaillon qui les accompagnaient furent retirés vers 1936. Comme les gisants d’Henri III de Vaudémont et d’Isabelle de Lorraine, ceux de leurs successeurs furent moulés par les ateliers du Louvre en 1845 pour être présentés dans les nouvelles Galeries historiques créées par Louis-Philippe à Versailles. Ces moulages se trouvent aujourd’hui en dépôt au château de Pierrefonds.

Sur la table supérieure recouverte de graffitis anciens reposent les deux gisants représentés les yeux ouverts. À gauche, celui d’Antoine est revêtu d’un harnois emblématique du milieu du XVe siècle composé d’un gambison sur lequel est cousu un haubert de maille, lui-même recouvert de protections métalliques. À ses côtés apparaissent une épée et une dague, également appelée miséricorde, servant à achever les blessés. À droite, Marie d’Harcourt est revêtue de deux robes fortement serrées par une large ceinture au niveau de la taille et coiffée d’un chaperon épais dont la bordure est ornée. Aux pieds du couple apparaissent les traditionnels lion et chien accompagnant les défunts. Le soubassement initial était orné, probablement sur les quatre faces, d’éléments sculptés dont ne subsistent aujourd’hui que six niches placées sur sa face latérale gauche. Ornées de dais de style gothique flamboyant, elles abritent six statues assises représentant sans doute un religieux (peut-être un chanoine de Vaudémont), un ange tenant les armes de Marie d’Harcourt : « parti au 1 de Lorraine et au 2 coupé d’Harcourt (d’or à deux faces de gueules) et d’Alençon (d’azur à trois fleur de lis d’or, à la bordure componée d’argent et de gueules) », un bourgeois, une femme lisant un livre qui pourrait être une allégorie de la Foi, un autre bourgeois et un ange portant les armes d’Antoine de Vaudémont. Dans la collégiale, la face du monument tournée vers la nef était ornée, derrière la tête des deux époux, de leurs armes respectives sculptées en bas-relief et peintes.

Pierre-Hippolyte Pénet

Historique :

Ancienne collégiale Saint-Jean-Baptiste de Vaudémont (Meurthe-et-Moselle), transféré en 1762 au prieuré de Belval (Vosges). Offert à l’État en 1819 par François Lamy, maire de Portieux, pour être présenté dans l’église des Cordeliers de Nancy. Installé le 6 novembre dans la deuxième chapelle à droite de la nef.

Bibliographie :

GRILLE DE BEUZELIN (Ernest-Louis-Hippolyte-Théodore), Statistique monumentale. Atlas. Arrondissements de Toul et de Nancy dépt de la Meurthe, Paris, Thierry, 1837, fig. 4.

PFISTER (Christian), Histoire de Nancy, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1902, t. I, p. 631-632.

MAROT (Pierre), Musée historique lorrain. La sculpture du XIIe au XVIIIe siècle, Nancy, Éditions du Pays lorrain, 1938, p. 12.

MAROT (Pierre) et CHOUX (Jacques), Le Vieux Nancy, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, Éditions du Pays lorrain, 1993, p. 86.

THOUVENOT (Béatrice), « Le tombeau d’Antoine de Vaudémont et de Marie d’Harcourt », dans GIULIATO (Gérard) (dir.), Autour des comtes de Vaudémont, Presses universitaires de Nancy, 2011, p. 299-314.

MARIDET (Juliette), Prier et gésir à Versailles. Les moulages de priants et de gisants dans les Galeries historiques de Louis-Philippe, Mémoire d’étude de 1re année de 2e cycle (M1), sous la direction de Lionel Arsac et Raphaël Masson, École du Louvre, 2018, annexes t. I, p. 87 - 88.